Le plan hiver prend fin, l’exclusion des soins continue
Médecins du Monde a fermé les portes du cabinet médical ouvert dans le cadre du « plan hiver 2010-2011 ». La fin de l’hiver n’entraîne pourtant pas la fin de l’exclusion.
« On voit de tout ici à la rue : j’ai vu une femme enceinte, des handicapés, des enfants, et ils ne recevaient aucun soins. Ce n’est pas juste ni normal. »
M., 30 ans, vit à la rue depuis plus de 3 ans.
« Nous soignons durant l’hiver un groupe de patients qui redevient invisible le reste de l’année. Mais les problèmes de santé et l’exclusion des soins ne prennent pas fin pour autant . »
Kim Gielens, coordinateur du projet
De novembre à mars, chaque soir, environ 320 personnes sans-abri (parmi lesquels une majorité de jeunes de 18 à 34 ans) ont été accueillies par le Samu Social, dans un ancien bâtiment du Ministère des Finances situé à proximité de La Chasse. Dans le cadre de ce dispositif hivernal, Médecins du Monde a pris en charge le volet médical : 4 à 5 infirmières, infirmiers et médecins bénévoles ont offert chaque jour des consultations (para)médicales à 619 patients différents. Au total, les 75 bénévoles de Médecins du Monde ont offert 2.472 consultations, soit une moyenne de 20 consultations par jour.
Sans-abri et exclus des soins
Sur base des données recueillies auprès de nos patients, Médecins du Monde a mis en évidence les constats suivants :
Près d’1 patient sur 2 déclare être en mauvaise voire très mauvaise santé mentale (en comparaison avec la santé physique qui est globalement évaluée comme étant « bonne » ou « très bonne »). Ce constat est confirmé par le grand nombre de plaintes psychosomatiques (16 %) exprimées lors de la consultation.
Cette fragilité mentale est accentuée par le manque réel de perspectives d’avenir en terme de logement et d’accès aux soins (1 patient sur 2 ne sait pas où aller dormir après le plan hiver).
Les pathologies les plus fréquemment rencontrées ont été les suivantes : respiratoires (31%), ostéo-articulaires (18%), dermatologiques (17%) et neurologiques (16%). Ces pathologies ne diffèrent pas de celles constatées durant le reste de l’année chez les personnes sans-abri soignées par l’équipe de Médecins du Monde.
La majorité de nos patients n’ont pas de contacts réguliers avec le système de santé et ne connaissent pas leurs droits. La complexité de leur situation demande souvent une approche multidisciplinaire et proactive afin de trouver des solutions durable pour une réelle réintégration médicale. « Le plan hiver devrait être une opportunité de réintégration médicale des personnes sans-abri, tant sur le plan préventif que curatif. Une assistance sociale permettrait par exemple de trouver des solutions pour surmonter les barrières à l’accès aux soins. » explique Kim Gielens, coordinateur du plan hiver pour Médecins du Monde.
Médecins du Monde demande que des politiques de santé adaptées soient implémentées pour les personnes en situation précaire et exclues des soins. La fin du « plan hiver » est une opportunité pour réfléchir ensemble (partenaires, autorités,…) aux stratégies adéquates à mettre en place afin d’améliorer l’accès aux soins de ce public, invisible durant le reste de l’année.
Toute l’année, Médecins du Monde continue d’offrir des consultations aux exclus des soins, dans les CASO (centre d’accueil, de soins, et d’orientation) et dans les locaux du Samu Social, afin de soigner et de réintegrer médicalement ces personnes.
Témoignages de patients
« La rue, c’est pas dur…c’est très très très dur. (...) Même quand il ne fait pas froid, on a besoin d’un endroit pour dormir, prendre une douche… »
H., 30 ans
« Avant, j’avais un appartement. Ca fait trois mois que j’ai un problème de logement et que je viens au Samu le soir. En perdant mon logement, j’ai aussi perdu mon travail car j’étais fatigué et incapable de bien travailler. (...) Je ne suis pas un clochard. Je suis un homme propre, un homme de travail. C’est juste le destin. »
R., 30 ans
« Dans notre situation, le problème c’est la perte de temps. On va ici pour manger, là pour la douche, ensuite là pour se raser. On perd toute la journée à faire des allers-retours alors que dans une maison on peut faire tout ça en 30 minutes. (...) Pour avoir un travail, on doit être présentable : se laver, se brosser les dents, changer de vêtement… (...) Le travail organise la vie d’une personne. Une vie sans ordre, ce n’est pas bon. (...) Vivre dans la rue nous force à être dépendant des autres, pour avoir de quoi manger, de quoi se soigner… Ce que je voudrais c’est être indépendant et cuisiner moi-même… Mais ça n’est pas facile sans travail. »
F., 36 ans
Témoignages de bénévoles
« En tant qu’infirmière bénévole, mon rôle était de soigner surtout les plaintes physiques : douleurs musculaires, dentaires ou encore articulaires, contusions, plaies, ulcères, gastrites, états grippaux,... Très vite, je me suis rendue compte qu’il y avait pas mal de maux atténués ou même disparus après une prise en charge plus humaine : des mots de réconfort, des conseils, des massages, des bains de pieds ou encore de l’écoute et de l’empathie. »
Anne, infirmière bénévole
« Ici, on soigne des petites choses qui restent chroniques. Une plaie, c’est soigné un jour et puis après il part. Il part dans la rue. Et sa plaie continue de s’ouvrir, de s’infecter... »
Flor, infirmière bénévole
Photo : Gérald Talpaert
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