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Tunisie/Lybie : Situation à la frontière

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Modifié le: 4/04/2011, 09h44
3 questions au Docteur Djawad Guerroudj, de Médecins du Monde, de retour de la frontière tuniso-libyenne

Vous rentrez d’une mission d’évaluation à la frontière tuniso-libyenne, quelle est la situation sur place ?

Contrairement à ce à quoi je m’attendais, nous n’avons pas vu de blessés des violences qui se déroulent actuellement en Libye. Il semble que les autorités ne les laissent pas sortir du pays et qu’ils soient pris en charge sur place... Mais je pense également que les blessés ne sont pas en état de faire le voyage et de prendre la route entre Tripoli et la frontière tunisienne qui est toujours très dangereuse.

Par contre, cette zone frontalière fait face à un flux très important de migrants. Chaque jour depuis une semaine, ce sont plus de 8 à 10 000 personnes qui traversent la frontière et arrivent en Tunisie, majoritairement des migrants Egyptiens, Tunisiens, dans une moindre mesure, qui travaillaient en Libye. Depuis quelques jours, de nombreux travailleurs asiatiques fuient également le pays et passent la frontière.

En ce qui concerne la situation à l’intérieur du pays, nous n’avons toujours que très peu d’informations, difficiles à croiser. Les migrants qui arrivent en Tunisie ne parlent pas, ils sont stressés ou ont peur de ne pas pouvoir revenir en Libye s’ils témoignent.

Comment sont-ils pris en charge ? Quels sont les besoins sanitaires ?

Pour le moment, les besoins sont relativement bien couverts. Les Tunisiens assurent la prise en charge des réfugiés, ils ont ouvert une grande partie des espaces publics (écoles, centres culturels ou sportifs,…) pour qu’ils puissent y dormir. A 5 kms de la frontière se trouve également un camp militaire dans lequel ils transitent avant d’être rapatriés dans leurs pays.

Mon inquiétude porte plus sur les migrants sub-sahariens (Niger, Mali,...) dont on sait qu’ils sont très nombreux en Libye et que nous ne voyons pas transiter par la Tunisie.

Par ailleurs, l’absence de prise en charge psychologique de ces personnes, alors qu’elles ont vu des choses atroces, est assez préoccupante. Mais aujourd’hui, leur transit est de courte durée et ne semble pas permettre un accompagnement.

Parallèlement à la crise politique actuelle, pensez-vous qu’une crise humanitaire se prépare à la frontière libyenne ?

Pour le moment je ne le pense pas, pas sur cette zone frontalière. Beaucoup d’organisations sont déjà présentes comme le CICR ou l’UNHCR et mettent en place d’importants dispositifs (tentes, distribution de nourriture et d’eau...). La solidarité et les efforts des Tunisiens (croissant Rouge, armée, ONG, initiatives privées,...) sont très impressionnants.

De plus, les réfugiés sont rapidement pris en charge pour être rapatriés dans leurs pays. De nombreuses rotations d’avions sont organisées pour l’Egypte et des bateaux prévus pour les récupérer au port de Zarzis. Mais le défi logistique du rapatriement des ressortissants étrangers dans leur pays est énorme.

A Médecins du Monde, nous restons malgré tout extrêmement vigilent et en alerte. Nous attendons, comme de nombreuses autres organisations, de pouvoir entrer dans le pays pour évaluer et répondre aux besoins sanitaires.

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