Corne de l’Afrique - "Dans une zone d’une telle complexité, nous devons inventer de nouveaux moyens pour venir en aide aux victimes de la sécheresse et des conflits."
CONTEXTE
On l’a dit et on le redira encore malheureusement longtemps, la région de la Corne d’Afrique connaît une aggravation critique d’une situation nutritionnelle connue comme chronique depuis de nombreuses années. Certaines parties de la Somalie, de l’Ethiopie, du Kenya et de Djibouti connaissent une sécheresse sévère, du fait de deux mauvaises saisons de pluie consécutives. Les éleveurs nomades sont contraints de quitter les zones affectées pour se rendre avec leur troupeau vers des zones de pâturage épargnées, espérant y trouver de l’eau. Les effets de la sécheresse sont accentués par les violences graves qui sévissent dans la Région, rendant les migrations extrêmement périlleuses. Des dizaines de milliers de personnes quittent la Somalie pour venir se réfugier dans les camps du Kenya et de l’Ethiopie, pourtant déjà saturés et ne pouvant plus répondre aux besoins élémentaires des réfugiés. D’autres tentent de traverser le Golfe d’Aden pour rejoindre les pays du Golfe via le Yémen. Pour l’ensemble de la région, les Nations Unies estiment à 2 millions le nombre d’enfants sous-alimentés. La population totale touchée par cette sécheresse s’élèverait à 11 millions de personnes.
PRÉSENCE DES ONG
« Nous dénonçons la situation depuis longtemps », analyse Pierre Verbeeren, Directeur général de Médecins du Monde, « parce qu’elle est structurelle et aggravée par un conflit probablement durable. » C’est la raison pour laquelle la plupart des organisations de solidarité internationale présentes dans cette région le sont souvent depuis plusieurs années. La crise s’étant muée en catastrophe, les ONG renforcent leurs équipes sur des programmes de soins, de nutrition et de sécurité alimentaire préexistants. En plus, elles évaluent les nouveaux besoins et commencent à construire des programmes ad hoc . Dans un contexte qui reste très difficile.
Certes, « la famine » (selon la déclaration des Nations Unies) actuelle a eu pour effet de changer l’attitude des parties au conflit acceptant plus et mieux la présence d’acteurs humanitaires dans la région. Aujourd’hui, il devient possible de déployer une aide en réduisant sensiblement l’insécurité des équipes d’intervention. Cependant, « les ONG sont parfois vues comme des symboles de l’occident et de la pensée coloniale. Lorsqu’elles interviennent avec des subsides publics, elles peuvent plus encore apparaître comme le gant de velours des politiques étrangères occidentales », rappelle Pierre Verbeeren, DG de MdM. Certaines parties au conflit acceptent aujourd’hui l’arrivée de l’aide internationale mais refusent de reconnaître l’existence d’une famine. C’est le cas des Al Chabaab en Somalie. De son coté, le gouvernement éthiopien contrôle très strictement le mandat des organisations humanitaires. Est-ce une vraie ouverture ou une tactique permettant aux belligérants de profiter de la solidarité internationale ?
Dans ce contexte, disposer de moyens financiers propres constitue un élément stratégique majeur pour accéder aux populations. « La solidarité du public aura donc un impact plus déterminant que jamais dans l’efficacité de l’aide », affirme François Fille, responsable des opérations en Afrique centrale et de l’Est.
STRATÉGIES ALTERNATIVES
Si l’indépendance financière augmente la capacité d’intervention des acteurs humanitaires, la stratégie des uns n’est pas celle des autres. MdM a choisi de redéployer son activité dans une zone moins touchée que le sud Somalien mais vers laquelle migrent également des personnes très affectées par la sécheresse et la violence. Ainsi, depuis le 1er juillet, Médecins du Monde a ouvert un programme à Bossasso (cf. carte ci-dessous), dans la région du Puntland, région accessible aux acteurs humanitaires étrangers. Présent en Somalie depuis 2007, MdM a fermé son programme à Merka, en Somalie du sud en mars 2011, les conditions sécuritaires et d’accès aux populations entravant la qualité et le suivi du programme dans un pays où le contrôle de l’aide humanitaire est un enjeu de tous les instants. Alors que la Somalie du sud et la Somalie centrale souffrent de troubles politiques violents, la région du Puntland est une région relativement stable suite à la mise en place d’un gouvernement de transition. Chaque jour, de nombreux migrants et déplacés arrivent à Bossasso, capitale économique du Puntland et seul port libre en eau profonde de la région. Là, ils cherchent à s’installer ou tentent difficilement de se rendre dans les pays du Golfe et au Yémen en traversant le Golfe d’Aden.
CENTRES DE SANTÉ MÈRES ET ENFANTS
En 2008, l’ONG locale partenaire de MdM, ISDP (Integrated Services for Displaced Population) avait identifié 39 212 déplacés à Bossasso. Selon les estimations de DRC (Danish Refugee Council), leur nombre a augmenté de plus de 25% en deux ans et demi, atteignant ainsi plus de 49 000 personnes en décembre 2010. Le projet de Médecins du Monde vise à prodiguer des soins de base en priorité aux femmes et aux enfants déplacés, vivant dans les camps installés au cœur de la ville de Bossasso. Ainsi, en un an, MdM prévoit de délivrer des soins à près de 10 000 femmes enceintes et 40 000 enfants de moins de 5 ans.
Afin de réduire le taux de mortalité materno-infantile, MdM approvisionne cinq centres de santé “Mères et enfants” en médicaments essentiels, en vaccins et en équipement, forme le personnel médical et organise un transfert de compétences aux structures locales. Il s’agit des quatre centres gérés par I’ONG ISDP à Bula Elay, Bariga, Tuur Jale et Bokolqa Bush, du centre de santé géré par le ministère de la Santé à Beldage et de la création d’une unité mobile pour répondre aux besoins non couverts dans les camps de déplacés.
Médecins du Monde est également en train de réaliser deux missions d’évaluation l’une en Ethiopie, dans le camp de Dolo Ado, l’autre au Kenya à Daadab et se tient prêt à délivrer des soins dans la région en partenariat avec d’autres acteurs humanitaires qui assureraient la nutrition des enfants en bas âge.
Pour permettre à ces soins d’être donnés en toute indépendance et pour permettre à Médecins du Monde de soigner plus de victimes, les dons de la population belge sont déterminants : 000-0000029-29
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